Comment structurer le captage et stockage du CO2 en France ?
Spécificités du problème du stockage en France
En France, la question du stockage est marquée par les particularités suivantes :
- Classiquement, une centrale électrique au charbon de 1000 MW de capacité électrique représente de l’ordre de 300 Mt/an de CO2 à stocker. Mais en France, du fait de l’utilisation de l’énergie nucléaire, les centrales électriques ne représentent que 12 % des émissions nationales de CO2, et 30 % de celles des grands établissements émetteurs. Les sources industrielles les plus importantes sont donc de plus petites tailles que dans d’autres pays.
- De plus, on connait une dispersion de petits stockages dans des anciens gisements d’hydrocarbures qui pourraient être utilisée dans un premier temps.
Ces deux particularités rendent intéressante l’idée de stocker dans des réservoirs locaux de taille modeste près du lieu de captage, du moins à court terme. Mais, au-delà, d’autres arguments soutiennent une logique de construction d’un réseau à grande échelle :
- Comme le montre la carte ci dessous, les plus grandes sources de CO2 sont concentrées dans quelques zones. Il s’agit des grands ports : le long de la Seine, dans la région de Marseille, dans celle de Nantes ; et des bassins d’industrie minière : Nord-Pas-de-Calais, Lorraine.

- Émetteurs en France
- Les 34 plus gros émetteurs de CO2 en France peuvent être regroupés en cinq zones et quelques points épars. (©SOCECO2)
- Les deux aquifères du Bassin Parisien (Dogger et Trias ) offrent a priori une capacité potentielle significative compte tenu les besoins régionaux prévisibles à 2050.
- Les sources situées dans le Nord de la France pourraient être concernées par l’éventuel développement d’un réseau européen vers les zones de stockage sous la mer du Nord.
Les modèles institutionnels de développement de réseau
Un réseau de gazoducs est une infrastructure d’intérêt national. Sa construction exige des délais importants, car en plus d’être coûteuse (de l’ordre du million d’euros au kilomètre), elle met en jeu le droit foncier. Divers modèles institutionnels sont envisageables pour aboutir à un réseau.
- Le mécanisme de régulation libérale : la construction est laissée à l’initiative privée, avec obligation de concertation entre promoteur d’un projet et éventuels partenaires.
- Le modèle de concertation : on encourage le regroupement des sources, et en aval des puits de petite taille. Ce type d’approche est représenté par les Pays-Bas, par exemple.
- Le modèle de l’entreprise publique, justifié par les externalités de réseau.
Le choix d’un modèle est une question urgente, qui va dépendre de considérations culturelles et de faisabilité politique. Il influencera le déploiement, les risques et l’économie du CSC en phase précommerciale, en déterminant dans quelle mesure les émetteurs intéressés par le CSC voudront et pourront s’engager dans les années à venir.
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