Connaître et représenter l’acceptabilité locale

L’acceptabilité d’un projet spécifique de captage et stockage du CO2 par les communautés locales impliquées met en jeu des déterminants supplémentaires par rapport à l’acceptabilité socio-économique générale. Mieux connaître ces déterminants peut faciliter l’interaction avec ces acteurs. Cela nécessite de mettre en œuvre des méthodes de terrain spécifiques, dont les résultats ne peuvent êtres prédits par un SIG.

 Analyse de contexte : méthodes qualitatives et quantitatives

Toutes les communautés locales ne sont pas également susceptibles de voir favorablement un projet de stockage de CO2 se développer sur leur territoire. Acquérir des connaissances à ce sujet nécessite le croisement d’un faisceau de méthodes sociologiques qui comprennent :

  • L’observation directe, par la présence à des réunions ou enquêtes publiques.
  • Les entretiens individuels. En face à face ou par téléphone, libre ou semi-structuré, ils constituent la base de l’enquête de terrain.
  • Le groupe de discussion, qui réunit six à douze participants et un animateur dans le cadre d’une discussion structurée sur un sujet particulier.
  • L’analyse de contenu. On dispose aujourd’hui de programmes de veille et d’analyse sophistiqués, capables par exemple de suivre l’usage des formes argumentatives par les différents acteurs dans un corpus médiatique.
  • Le sondage par questionnaire. Les plus visibles sont trop souvent biaisés car volontairement conçus comme des instruments de communication et non de savoir. La majorité des sondages, qui visent à acquérir des informations pour le marketing, ne sont pas diffusées dans les médias.
  • À ces méthodes de collecte s’ajoutent l’exploitation des données secondaires (bases de données existantes) et la simulation informatique (modèles multi-agents par exemple).

La collecte de données rigoureuse exige un savoir-faire technique professionnel, concernant par exemple la tenue d’un journal de terrain, la conduite d’entretien ou la conception de questionnaire. Elle mobilise même souvent des compétences affectives, car l’observateur est en général confondu avec l’instrument de mesure et l’interaction avec le sujet observé est gérée activement plutôt que supposée négligeable. Même si certaines méthodes sont plus quantitatives que qualitatives, l’analyste humain spécialisé reste donc irremplaçable.

 Approches cartographiques

L’acceptabilité locale d’un projet est en général conditionnelle (c’est à dire assujettie à des attentes spécifiques) et variable entre les divers sous-groupes sociaux. Ses déterminants comprennent des trajectoires historiques et des facteurs humains (confiance, compétence et équité perçue…). En conséquence, il ne fait pas de sens de chercher à mettre en carte a priori une variable comme l’acceptabilité potentielle du stockage du CO2. La littérature internationale existante ne retient pas de facteurs géographiques pour expliquer l’opinion à propos de cette technologie, ce que confirme l’analyse des données recueillies par sondage auprès de la population française menée dans le cadre de Metstor.

Le cas de la planification du développement de l’énergie éolienne en France permet toutefois d’illustrer le contraste entre deux modes de production de carte de zones acceptables, voir la Figure ci dessous. La carte de gauche illustre le mode technique, par superposition de couches SIG. Celle de droite illustre le mode politique, par négociation entre les acteurs. Le second mode favorise davantage la prise en compte simultanée de l’intérêt général à l’échelle régionale et des contingences spécifiques des projets d’implantations à l’échelle locale.

Mise en carte technique ou mise en carte politique, exemple du développement de l'énergie éolienne- JPEG - 114.5 ko
Mise en carte technique ou mise en carte politique, exemple du développement de l’énergie éolienne
À gauche, la carte réalisée en Aveyron par superposition de différents critères techniques. À droite, la carte réalisée dans la parc de la Narbonaise qui traduit dans un zonage volontairement stylisé le résultat d’une négociation politique. (© CIRED)

 Conclusion

Dans un contexte de prise de décision sous incertitude profonde, multi-acteurs et multi-critères, l’idée de site « le plus acceptable a priori » est infondée, et une approche en terme d’optimisation n’est pas justifiée. L’acceptabilité est vue plus comme le résultat d’un processus de participation que comme une variable de potentiel préexistante. Les cartes proposées par ce système, par exemple les facteurs de vulnérabilité   humains, environnementaux, économiques peuvent seulement venir appuyer la co-construction des projets d’aménagement locaux. L’idée de carte d’acceptabilité fait sens non pas comme un calcul statistique, technique ou administratif, mais comme un produit de politique publique.

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