L’acceptabilité socio-politique du captage et stockage du CO2
Cette fiche concerne l’acceptabilité socio-politique. On s’intéresse de plus à la position du public « simple citoyen », à la différence de celle des « parties prenantes », c’est-à-dire des acteurs spécialisés, comme les administrations locale et centrale, les industriels, associations.
Les facteurs sociologiques à l’œuvre dans l’acceptabilité socio-politique
Les sociologues ont étudié trois familles de facteurs pouvant en partie expliquer l’acceptabilité socio-politique du CSC : la position vis-à-vis du changement climatique, les variables socio-démographiques et les aspects psychologiques.
- Position vis-à-vis du changement climatique : cette approche insiste sur la nécessité de replacer la technologie de CSC dans le contexte général du changement climatique et des réponses qu’on y apporte. Elle montre que la reconnaissance de la véracité, de la gravité et des effets du changement climatique contribue à légitimer la nécessité de recourir à l’option CSC. Toutefois il subsiste des doutes, concernant : les risques d’impacts sur l’environnement s’il y a des fuites ; l’efficacité à long terme de la solution pour résoudre le problème du changement climatique ; le risque que la poursuite de l’utilisation des énergies fossiles occulte le développement des énergies renouvelables et des économies d’énergie.
- Approche socio-démographique : le sexe, l’âge, le niveau d’éducation et le revenu peuvent expliquer en partie les opinions. Ainsi, statistiquement, d’après des résultats obtenus en Australie et en France, les femmes seraient moins enclines à déclarer accepter la technologie que les hommes, et plus inquiètes de ses risques . Les répondants avec un niveau d’éducation ou de revenu supérieur tendraient à être plus favorables. Il faut cependant noter que dans ce genre de sondage, les femmes, les personnes âgées et celles titulaires d’un diplôme moins élevé sont proportionnellement plus nombreuses à s’abstenir de répondre. En conséquence, elles peuvent être à la fois moins souvent favorables et moins souvent défavorables.
- Approche psychologique : en l’absence d’information suffisante pour se forger une opinion sur une nouvelle technologie complexe, les enquêtés se décident en partie en fonction de leur relation envers les promoteurs de cette technologie. Des analyses statistiques aux Pays-Bas révèlent que, de manière générale, face à l’option CSC les répondants ressentent principalement des inquiétudes, de l’impuissance et de la contrariété. Ils accordent plus de confiance aux ONG environnementales qu’au gouvernement et à l’industrie. La confiance serait liée à la perception des intentions [1] et des compétences des acteurs. Le facteur le plus important sur la confiance envers le secteur de l’industrie semble reposer sur la perception de ses intentions. La confiance accordée au gouvernement et aux ONG est autant liée à la perception de leurs intentions que de leurs compétences.
Ces résultats, obtenus dans un contexte international notament aux Pays Bas, Australie, Royaume Uni et Japon, apparaissent transposables en France car on retrouve les mêmes effets dans le Baromètre IRSN sur la perception des risques et de la sécurité : Sans surprise, cette année encore, ce sont les associations qui sont considérées comme les sources les plus crédibles d’information, alors que les acteurs du nucléaire sont jugés les plus compétents. Les Français ne veulent bien sûr pas se substituer aux experts ou aux responsables de la filière nucléaire, mais ils veulent être associés au contrôle des risques à travers des structures de concertation pluraliste qu’ils plébiscitent depuis plusieurs années. Ils veulent des experts compétents ouverts, d’origines diverses, et transparents avec lesquels ils peuvent dialoguer. (Baromètre IRSN 2009, Avant-propos) Les organismes scientifiques dont ceux du nucléaire sont jugés compétents. Plus les autres intervenants s’éloignent du monde scientifique et moins on leur reconnaît de la compétence. […] Plus l’intervenant est proche ou accessible, plus l’information est jugée crédible (associations de consommateurs ou écologistes, médecins,..) (Baromètre IRSN 2009, p. 101)
Les premières enquêtes d’opinion sur le CSC
Un sujet encore méconnu des citoyens
Il y a très peu d’enquêtes d’opinion sur le CSC. Dans les enquêtes existantes, les éléments d’information fournis varient fortement d’une étude à l’autre, que ce soit sur la présentation des risques potentiels, des autres technologies alternatives, des aspects économiques ou encore des différentes options de stockage du CO2. Cette diversité limite la comparabilité des différentes études sur ce plan.
Les résultats des enquêtes convergent toutefois pour mettre en évidence que la technologie du CSC est très largement méconnue du public. En ce qui concerne les niveaux d’approbation de la technologie par le public, il est difficile de conclure. En effet, les résultats sont plutôt mitigés en général, la plupart des études ne font pas ressortir de rejet ni d’adhésion inconditionnels nets. De plus, la manière d’exposer l’information contribue à orienter les réponses des enquêtés (par exemple dans le cas d’un énoncé trop alarmiste).
D’après un sondage organisé en avril 2007 par le CIRED et la TNS-Sofrès dans le cadre des projets Metstor et SOCECO2, le captage et stockage du CO2 est une technologie méconnue par les Français. Au printemps 2007, la technologie de captage et de stockage du CO2 restait méconnue des Français. Une fraction non négligeable de la population (14%) déclarait en avoir entendu parler, mais très peu (6%) savaient décrire son principe correctement. Après information sur la technologie, le public ne se montre en général pas strictement opposé, mais plutôt soupçonneux que favorable.
Vers un appui conditionnel
L’approbation du CSC semble donc possible mais conditionnelle, et dépendante des risques et des utilisations de cette technologie.
Un appui conditionnel est envisageable car on note une ample prise de conscience des Français face au changement climatique et, au-delà, aux enjeux environnementaux. Pour l’opinion publique, il s’avère que le changement climatique est en grande partie identifié comme un problème sérieux qui appelle à l’action. Dans l’opinion générale, l’équilibre entre environnement et économie semble plutôt pencher vers le premier côté de la balance.
Si la prise de conscience est réelle, la connaissance des solutions et des technologies utiles pour la protection de l’environnement est encore partielle, notamment au sujet des technologies les plus récentes. Le captage et stockage géologique est ainsi moins connu que les véhicules hybrides ou à hydrogène, que le stockage du carbone par les forêts, ou encore que l’énergie de la biomasse. Un important travail de pédagogie et d’accompagnement autour de la définition du terme et de la technologie qu’il recouvre est nécessaire. Une réelle demande d’information a été identifiée, qui s’exprime d’abord au sujet des causes du changement climatique et des solutions à apporter.
En ce qui concerne cette technologie en général, les principaux aspects sont :
| Perçus comme positifs | Perçus comme négatifs |
| —Nécessité d’agir contre un changement climatique excessif, de façon urgente et responsable vis-à-vis des générations futures. —Cohérence de remettre le carbone d’où il vient, c’est-à-dire sous terre. —Nécessité de poursuivre les recherches et expériences actuelles. |
—Incertitudes sur l’efficacité à long terme, compte tenu de la pénalité énergétique et des risques de fuite. —Concurrence éventuelle avec les efforts d’économie d’énergie et d’utilisation des énergies renouvelables, au profit des énergies fossiles. —Coût. |
Importance de la terminologie
Au niveau sémantique, le terme gaz semble moins apprécié que CO2. L’expression séquestration du CO2 est jugée moins claire et moins positive que stockage du CO2. C’est cette dernière qui est généralement utilisée en France, même si elle ne transmet pas l’idée d’une surveillance à long terme mais celle, erronée, de réversibilité. Au final, l’opinion publique nationale semble constituer un cadre potentiellement favorable dans lequel viendront s’inscrire les débats locaux.
Conclusion
Si dans l’ensemble les enquêtes permettent de disposer d’une « photographie » à un instant donné de l’état de l’opinion du public au sens large sur la technologie de captage et stockage du CO2, il s’agit là de situations préconstruites qui n’ont pas de valeurs prédictives sur les réactions du public. Pour les chercheurs, il est important de ne pas oublier que les réactions futures du public seront issues d’un processus d’apprentissage différent, étendu sur une plus longue période de temps, et qu’elles seront probablement influencées par les discours des opposants et des défenseurs. De fait, le contexte de décision du public sera alors bien différent de celui construit par les protocoles d’enquête.
[1] Le fait de percevoir que les valeurs défendues par les acteurs professionnels et celles défendues par l’individu sont similaires a un effet positif sur la perception de leurs intentions et de leurs compétences. Autrement dit, les acteurs professionnels seraient jugés compétents et avec de bonnes intentions à partir du moment où les individus sentiraient qu’ils partagent leurs valeurs.
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